J’ai claqué la porte du bureau. Je risque quoi?

Après une violente altercation avec une insupportable collègue, j’ai quitté les locaux de mon entreprise au beau milieu de la journée pour me calmer. Je n’y ai plus mis les pieds depuis avant-hier, encore sous l’effet de la colère. Maintenant j’ai peur que mon employeur me licencie pour avoir abandonné mon poste. C’est possible, n’est-ce pas? Si oui, qu’est-ce que je risque précisément?

A., Vernier

Il y a abandon d’emploi lorsque le travailleur quitte son poste abruptement et sans justes motifs. Pour que l’employeur puisse reprocher à l’employé d’avoir abandonné son poste, il faut un refus de ce dernier de poursuivre l’exécution du travail confié. Dans la jurisprudence du Tribunal fédéral, on parle ainsi d’un refus conscient, intentionnel et définitif. 

En pareille hypothèse et pour autant que ce refus ait été communiqué expressément, le contrat de travail prend fin immédiatement, dès le moment où l’employé a quitté son poste: l’employeur n’a alors même pas besoin de lui adresser une résiliation immédiate de son contrat. 

En l’absence de communication claire du salarié sur ses intentions, il faut examiner si, compte tenu de toutes les circonstances, l’employeur peut, objectivement et de bonne foi, comprendre qu’il entend quitter définitivement son emploi. Autrement dit, l’employeur ne peut pas se contenter de constater une absence non excusée d’un collaborateur sur une courte durée pour considérer qu’il y a abandon de poste. Une telle attitude pourrait cependant, le cas échéant, constituer un manquement aux obligations contractuelles du collaborateur pouvant engendrer, après avertissement, une résiliation immédiate de son contrat pour justes motifs.

En cas de doute, l’employeur sera donc bien avisé de s’adresser par écrit à l’employé pour prendre acte de son départ et le sommer de reprendre son poste ou de justifier son absence. Faute de réponse dans le délai fixé dans cette mise en demeure, il peut être retenu qu’il s’agit bien d’un abandon de poste.

Si les conditions de l’abandon de poste sont remplies, l’employeur a droit à une indemnité égale au quart du salaire mensuel de l’employé, indépendamment du dommage subi; le cas échéant, une réparation du dommage supplémentaire – pour autant qu’il puisse être établi – peut également être obtenue.

Il s’ensuit que votre récente et relativement courte absence ne devrait en principe pas suffire pour retenir un abandon de poste, mais il convient de prendre rapidement contact avec votre employeur pour éviter tout malentendu. C’est également le lieu de rappeler que ce dernier est notamment dans l’obligation légale de prévenir les conflits au travail et de prendre des mesures adéquates pour les faire cesser, dès lors qu’il a pour devoir de protéger la santé et l’intégrité de ses employé(e)s…

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